top of page

GRÂCE À VOUS, DE BATTRE MON CŒUR NE S'EST PAS ARRÊTÉ !

Dernière mise à jour : 16 déc. 2022

Au cœur du bloc avec Céline Maslard.

" Je m’appelle Céline Maslard, j’ai 47 ans.

Je suis graphiste illustratrice et je vis à Clermont-Ferrand.


Peux-tu nous raconter ton histoire de cœur ?

Mon histoire de cœur je l’ai découverte par hasard et sur le tard, lors d’un rdv avec la médecine du travail qui m’avait détecté un souffle au cœur. Étonnée, j’ai pris un rendez-vous avec un cardiologue et quand il a diagnostiqué une bicuspidie aortique qui entraînait une calcification de l’aorte, le ciel m’est un peu tombé sur la tête. J’étais jeune, j’avais 36 ans et je me suis posé plein de questions : est-ce que j’allais encore pouvoir voyager, faire du sport, vivre normalement… ?

J’ai été inquiète lorsqu’il a demandé à voir mes enfants pour vérifier s’ils n’étaient pas, eux aussi, atteints de cette malformation qui peut être génétique. À ce moment-là, ils avaient trois et cinq ans. Nous avons été vite rassurés, tout allait bien de leur côté.

Je voyageais beaucoup et je voyais une cardiologue à Paris tous les ans.

Puis fin 2020, j’ai commencé à sentir physiquement des changements, j’étais de plus en plus essoufflée et j’avais des sensations de brûlures… et l’été 2021, lors d’une consultation, ma cardiologue m’a dit : c’est maintenant qu’il faut opérer ! Tout est allé très vite, deux mois après, l’intervention était programmée.


Comment as-tu vécu le fait que la décision soit si rapide ?

Une fois décidée, je voulais que ça soit fait le plus vite possible… Nous n’étions pas sortis du COVID et c’était le moment !


Et cette opération comment l’as-tu vécue ?

La pré opération, je l’ai très bien vécue, j’avais un double accompagnement, et la cardiologue et la chirurgienne étaient toutes les deux vraiment très rassurantes. Pour elles, c’était presque une simple formalité… Je n’avais donc aucune inquiétude.

Je me souviens que dix jours avant l’opération, nous étions partis en famille en « vadrouille » pendant les vacances de la Toussaint. Certains amis me renvoyaient parfois leur propre inquiétude, moi, j’étais très détendue. A posteriori je réalise que je ne savais pas du tout à quoi m’attendre et c’était tant mieux.

J’ai confiance en l’hôpital. Je me souviens très bien du départ au bloc, avec ma petite charlotte et ma blouse. J’avais envoyé des messages à mes proches avant d’aller au bloc, tout allait bien… Au moment de l’anesthésie, on m’a proposé de m’endormir en musique. J’ai choisi un morceau tout doux dont je n’ai aucun souvenir.

Mon réveil s’est fait en douceur : j’ai le souvenir d’une infirmière penchée au-dessus de moi qui me caressait le visage et qui me disait : allez, on revient ma belle. J’ai été très marquée par cette femme. Elle s’appelle Anastasie, elle est magique…

Par contre, je ne m’étais pas vraiment figuré la grosse ouverture sur le thorax que j’aurais. Je n’avais jamais eu d’opération, ni d’anesthésie générale, c’était la première fois.

Je me souviens très fortement de choses très sensorielles, des odeurs, du son. Et de la douleur. Elle ne vient pas du cœur qui a été meurtri mais de la carcasse. J’ai vraiment eu la sensation que j’étais passée sous un train, j’avais gonflé de sept kg en raison d’œdèmes…

Le souvenir le plus intolérable, c’est l’attente, des moments interminables allongée à regarder le plafond.


Nous avons beaucoup pris l’avion avec mon mari en vivant à l’étranger et je me souviens m’être dit : c’est comme si je faisais 4 vols allers et retours en avion entre Paris et Johannesburg en comptant les minutes, ça me paraissait sans fin…

Paradoxalement, c’est ce qui me reste. Aujourd’hui je n’ai pas le souvenir de la souffrance physique (merci la morphine ?), mais plutôt de ce temps si long, qui peinait à s’écouler.



Quel a été ton ressenti lorsque tu as découvert les photographies du livre Au cœur du bloc ?

Je les ai trouvées très belles et en fait elles ne m’ont pas du tout effrayé. Je les ai découvertes un an avant d’être opérée, je n’étais pas du tout dans l’état d’esprit de l’opération.

Et un mois après l’opération, j’ai eu besoin de les revoir. J’étais curieuse de regarder ce que l’on m’avait fait, comment ça s’était passé. Sur certaines photos, j’imaginais un mât de bateau où l’on déplie des voiles avec des fils super fins qui tissent une voile incroyable. Je ne voyais pas un corps, mais plutôt une technique avec des contrastes qui donnent à voir plein de choses qui se jouent.


Et le Noir & Blanc ?

J’adore le Noir & Blanc et je trouve que ça rajoute de la noblesse au travail, c’est très beau.

La chirurgie saisie en Noir & Blanc ne donne à voir que le travail d’orfèvre qui est exécuté, et non la réalité de la découpe sanglante. C’est bien.


Trouves-tu utile de montrer ces images mystérieuses ?

Je trouve que c’est incroyable. On ne connaît pas les coulisses du bloc opératoire, alors c’est bien de montrer des images des soignants qui font ces métiers avec compétence et passion.


Pour toi, l’art peut-il nous aider à mieux vivre, peut-il agir comme un médicament ?

Oui, c’est sûr. Je me suis rendu compte, indépendamment de l’opération, au fil de ma vie, que la beauté suscite plus d’émotion que la tristesse. Ce qui me fait pleurer, ce sont les belles choses. C’est important d’externaliser et je trouve que l’art peut avoir cette fonction-là. Comme j’ai toujours dit à mes enfants, dans le spectacle vivant, il y a vivant et c’est très touchant que des gens se mettent à nu pour faire passer une émotion. Je trouve que c’est indispensable. Ensuite, chacun est touché par une forme d’art qui lui correspond…


Peux-tu me parler de ta cicatrice ?

Je réalise en parlant et en relisant des choses que j’ai écrites au sortir de l’opération que cet événement m’a profondément marquée. Par exemple, le jour des " un an " de l’opération, j’ai été un peu submergée par l’émotion. Quelque chose de fort s’est joué ce jour-là, un jour que je ne pourrai pas oublier.

Cette cicatrice, stigmate de ce jour, j’ai une certaine fierté à l’avoir, car je vois qu’elle interroge.

Et en même temps quand je regarde des photos il y a un avant et un après. Je la trouve assez belle, mais je n’aime pas la toucher.

Elle est là tout simplement, elle fait maintenant partie de moi.


Y a-t-il un message que tu aimerais faire passer à ta formidable cardiologue* et à ta formidable chirurgienne* ?

(larmes aux yeux) Je leur ai écrit : grâce à vous, de battre mon cœur ne s’est pas arrêté. Franchement, elles sont exceptionnelles, elles ont les mots qu’il faut ; elles sont rassurantes, elles sont bienveillantes et entre elles il y a vraiment de la sororité. Elles sont extras formidables ! (rires)


Et à l’équipe du bloc ?

Bravo, c’est formidable que des gens aient cette vocation-là !

Il ne faut pas que l’on perde ça !


En fait, ce que je souhaite dire aux patients qui vont être opérés, c’est qu’on en voit le bout, de ces jours où l’on est mal ou à bout de force. On s’en relève, les choses s’améliorent de jour en jour et finalement très vite tous les mauvais côtés sont effacés. Quand je pense que pour moi, c’était il y a juste un an…


Si tu avais un mot pour synthétiser cet épisode de ta vie ?

BOULEVERSANT !

C’est une vraie aventure humaine. On ne vit pas ça seule.


Et si tu devais mettre cette épreuve en musique ?

C’est ma chanson préférée de tous les temps qui ne correspond pas vraiment à l’ambiance de l’hôpital, mais c’est une chanson qui me fait pleurer à tous les coups, que je sois joyeuse ou triste : The Sound of Silence de Simon and Garfunkel."




* Françoise Besse est cardiologue,

Elle exerce dans un cabinet à Paris et collabore avec l’hôpital Saint-Joseph.

* Maïra Gaillard est chirurgienne cardiaque,

Elle travaille à l’hôpital Marie-Lannelongue au Plessis-Robinson (92).


Retour à la page d'accueil : ICI


25 vues0 commentaire
bottom of page